CROI 2016 : l'infection VIH dans la population trans abordée pour la première fois

Pour la première fois à la CROI une présentation plénière a traité de la question de l’infection par le VIH dans la population transgenre.
Publié le 26.02.2016.

La chercheuse Tonia Poteat (John Hopkins institut, Baltimore, Etats-Unis) a expliqué que les personnes qui s’identifient d’un genre différent du genre donné par leur sexe de naissance, trangenres, ou trans, représentent approximativement 0,3 % de la population des Etats-Unis (697 529), 0,1 à 0,5 % en Europe, 0,7 à 2,9 % en Asie. Elle a précisé que de multiples cultures reconnaissaient un troisième genre (Népal, Inde, Pakistan, Bangladesh), les termes actuels concernant les genres variant selon le contexte et la situation géographique. 

Sur les trans et le VIH, très peu de données ont été produites pour les hommes trans, la majorité des études concernant les femmes trans. Tonia Poteat a donné les résultats d’une méta-analyse de 2000 à 2011 incluant 39 études dans 15 pays différents, qui montre 19 % de prévalence chez les femmes trans1. Depuis 2012, 49 nouvelles études ont été répertoriées avec une croissance des recherches concernant les trans et des estimations de la prévalence au VIH allant de 2 % chez les jeunes à 45 % chez les travailleurs du sexe et les femmes de couleur. Des recherches qui montrent que les femmes trans qui ont des relations sexuelles avec des hommes sont dans les « populations clés » les plus concernées par le VIH. Tonia Poteat a rapporté, dans une étude2 menée dans la population gay dans 4 pays en Afrique, que près de 23 % des personnes dans l’étude étaient des femmes et 13 % des personnes trans.

La chercheuse a exposé des facteurs biologiques et sociaux qui pourraient avoir un impact sur le risque VIH, la prévention et la progression de la maladie et qu’il est important de prendre en compte. Les traitements hormonaux en vu de féminisation pourraient avoir un impact sur la muqueuse anale et de ce fait dans l’acquisition du VIH3, explique Tonia Poteat. Ce risque n’est toutefois pas connu à ce jour. Et pour les femmes trans vivant avec le VIH, certains antirétroviraux réduisent le niveau des oestrogènes4. Concernant la PrEP, la prise d’œstrogène pourrait modifier les concentrations du médicament dans les muqueuses5. Par ailleurs, des études menées à San Francisco montrent que les femmes trans sont beaucoup moins bien informées sur la PrEP que la population gay6.

La stigmatisation qui touche la population trans reste un enjeu majeur pour l’amélioration de leur qualité de vie et de leur prise en charge pour la prévention et le traitement du VIH. La mise en place d’une prise en charge globale (traitement hormonal, VIH) est nécessaire, selon Tonia Poteat, pour une prise de traitement précoce et un maintien dans les soins. La chercheuse conclut : « L’idéal serait que des services transgenres soient similaires à d'autres services où vous pouvez marcher sans que les gens vous regardent l’air interrogatif ». 

Par Sophie Lhuillier, 25/02/2016

1Baral 2013, Poteat 2016
2UNAIDS 2014, Baral 2013, Poteat 2015
3Deutsch 2015, WPATH 2011, Gooren 2011, Hambree 2009
4Deutsch 2015 (preliminary self-report data), DHHS 2015
5Shen 2014, Lade 2015, Hendrix 2016
6WHO 2015, Wilson 2015, Sevelius 2015