En direct de l'AFRAVIH: Ethique dans la recherche, Ebola et VIH

Retrouvez tous les comptes-rendus de la conférence AFRAVIH, qui se tient du 20 au 23 avril à Bruxelles.
Publié le 21.04.2016.

Après avoir connu une période d’effervescence, l’éthique dans la recherche apparait, depuis 2010, être une préoccupation moins centrale dans les conférences sur le VIH. A l’AFRAVIH, la présentation de Bernard Taverne : « éthique de la recherche dans le VIH à l’heure de l’infection Ebola » de ce jeudi 21 avril était la seule sur cette thématique. Toutefois les questions à aborder demeurent ou se renouvellent. Dans le cas de l’infection par le virus Ebola, la faiblesse des connaissances scientifiques disponibles au début de l’épidémie, la gravité de la maladie et l’état d’urgence nécessaire posent de nouveaux questionnements éthiques, notamment dans la pratique médicale. Comment conjuguer, dans un cadre de très haut risque, le devoir de soigner et la peur de la contamination ? Comment, d’autre part, maintenir la confidentialité ?

Par ailleurs, le peu de disponibilité des premiers traitements a imposé à des soignants de faire des choix. Cela ne va pas sans rappeler le « tri » que devaient effectuer les médecins lors de l’arrivée des premiers traitements ARV en Afrique, au début des années 2000. Ces différentes interrogations éthiques coexistent avec des questions de santé publique liées par exemple au devoir de mise en quarantaine, ou à la fermeture possible de frontière pouvant mettre les pays dans des situations difficiles. L’éthique concerne, au-delà de la réponse à l’épidémie le déroulement des premiers essais cliniques autour d’Ebola. L’urgence sanitaire a, par exemple, nécessité le partage des recueils et des bases de données, posant la question de la comparabilité et de la propriété de celles-ci. Au vu, notamment de l’évaluation de thérapies non validées, ou du manque d’alternatives, le consentement éclairé des participants aux essais peut poser problème. Aujourd’hui, de nouvelles questions se posent, avec la nécessité d’implémenter rapidement les résultats de travaux de recherche tout en luttant contre les inégalités de prise en charge. Et ces différentes réflexions intéressent en premier lieu la recherche sur le VIH.

Dans le cas de l’infection par le virus Ebola, Bernard Taverne a précisé que les conditions de travail des comités d’éthiques travaillant sur les protocoles de recherche étaient difficiles, étant donnée l’obligation de donner des réponses rapides. Parmi les leçons à tirer de cette expérience, selon le chercheur, prendre de l’avance sur les réflexions éthiques, par exemple en anticipant des scénarios, afin d’avoir des cadres de réflexions serait utile pour les situations d’urgences.

Par Sophie Lhuillier