Entre infection et stigmatisation, la « douple peine » des FSF face au VIH en Afrique

Retrouvez tous les comptes-rendus de la conférence AFRAVIH, qui s'est tenue à Bruxelles du 20 au 23 avril.
Publié le 25.04.2016.

Parmi les populations qui restent le plus largement ignorées des programmes de lutte contre le VIH/sida à l’échelle mondiale figurent les femmes qui ont des rapports sexuels avec des femmes (FSF). La session orale « Femmes et VIH », qui s'est tenue le 22 avril lors de la conférence AFRAVIH 2016, aura permis à beaucoup de s’éveiller au sujet.

Le manque de considération accordée aux FSF s’explique par différents facteurs, notamment le caractère impensable de la sexualité (et donc du risque sexuel) entre femmes. Les rares données internationales disponibles suggèrent pourtant que le risque de transmission du VIH par voie sexuelle entre femmes n’est pas nul, et surtout que la majorité des femmes qui ont des rapports sexuels avec des femmes ont eu par le passé et continuent d’avoir des rapports sexuels avec des hommes. Ce constat est encore plus valable dans les pays du Sud, où l’homophobie est telle que les relations entre personnes du même sexe sont généralement cachées et que l’engagement dans une sexualité hétéro peut servir de couverture face aux soupçons.

Joséphine Mandeng, auteure de l’intervention (qui était représentée à la tribune de l’AFRAVIH par Anne Susset), travaille au sein de l’association communautaire LGBT Alternatives Cameroun, basée à Yaoundé et soutenue par Sidaction. Elle a rappelé différents cas d’arrestations, de violences physiques et même de meurtres commis à l’encontre de femmes présumées lesbiennes dans plusieurs pays d’Afrique, dans l’indifférence générale.

Ces conditions de vie difficiles créent inévitablement des vulnérabilités particulières en matière de santé. A ce jour, il n’existe malheureusement pas de données précises sur la prévalence des FSF au Sud. Toutefois, il apparaît clairement qu’elles ne bénéficient pas de la variété des services offerts à d’autres minorités sexuelles (HSH) et que, dans le même temps, elles trouvent difficilement leur place dans les dispositifs de prise en charge médicale dédiés aux femmes. A titre d’exemple, d’après une étude récente du Queer African Youth Network Centre réalisée dans 4 pays francophones (« Au-delà des suppositions », 2015), environ 2/3 des FSF enquêtées n’ont jamais eu de consultations gynécologiques. Elles sont par ailleurs globalement peu informées sur le VIH/sida et les IST.

La présentation de Joséphine Mandeng s’est conclue sur un appel à rattraper le retard accumulé en mettant en place des programmes spécifiques ciblant les FSF, incluant la protection contre les violences et le droit à une information adéquate en matière de santé sexuelle et reproductive. Elle a également plaidé pour l’intégration des FSF dans les plans d’action en faveur des « populations clés ».

Par Cécile Chartrain