La PrEP, mode d'emploi

Ce qu'il faut savoir sur la prophylaxie pré-exosition, désormais autorisée en France.
Publié le 17.12.2015.

Le 23 novembre 2015, quelques jours avant la Journée mondiale de lutte contre le sida, Marisol Touraine, a autorisé la prescription du Truvada® en traitement préventif (PrEP) et annoncé sa prise en charge à 100% par l’Assurance Maladie.

Combinée aux moyens classiques de protection, la PrEP a prouvé son efficacité auprès de populations particulièrement touchées par l’épidémie de VIH/sida. L’arrivée d’un outil supplémentaire permettant de réduire les risques d’infection à VIH chez des personnes fortement exposées ne peut être que saluée. Il est important néanmoins de rappeler le cadre strict qui l’entoure, en termes de suivi médical comme de modalités d’administration.

La PrEP, qu’est-ce que c’est ?
La PrEP, ou prophylaxie pré-exposition, est un outil préventif qui permet à une personne séronégative courant un risque d’infection à VIH de réduire ce risque en prenant un traitement antirétroviral. Plusieurs études ont ainsi montré l’efficacité du Truvada®, une combinaison de deux molécules capables d’empêcher l’infection des cellules par le VIH. Ce médicament à été à l’origine commercialisé comme traitement curatif pour les personnes séropositives, puis autorisé en traitement préventif aux Etats-Unis en 2012. La France est le premier pays d’Europe à autoriser sa prescription en traitement préventif.

Qui est concerné par la PrEP?
Attention, toutes les personnes séronégatives ne sont pas concernées. Et celles concernées ne le sont pas forcément tout au long de leur vie sexuelle, qui évolue et n’impliquera pas obligatoirement le recours au même moyen de protection selon les moments (d’où l’intérêt d’une palette de prévention diversifiée). Selon le groupe d’expert de prise en charge médicale des personnes vivant avec le VIH, dirigé par le Pr Morlat, la PrEP est recommandée uniquement pour les personnes majeures ayant les caractéristiques suivantes :

  • Les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes, non infectés par le VIH et à haut risque d’acquisition du virus

- rapportant des relations anales non protégées avec au moins deux partenaires sur une période de six mois
- ou ayant présenté plusieurs épisodes d’infections sexuellement transmissibles (IST) dans l’année
- ou ayant eu plusieurs recours à un traitement post-exposition dans l’année
- ou ayant l’habitude de consommer des substances psycho-actives lors des rapports sexuelles

  • Les personnes transgenres ayant des relations non protégées (selon les mêmes indications détaillées ci-dessus)
  • Et au cas par cas pour :

- Les usagers de drogues intraveineuses avec partage de seringues
- Les personnes en situation de prostitution exposées à des rapports sexuels non protégés
- Les personnes en situation de vulnérabilité exposées à des rapports sexuels non protégés et à haut risque de transmission du VIH

En quoi consiste le traitement ?
Contrairement aux Etats-Unis, où seule l’utilisation quotidienne du Truvada est autorisée, deux modalités de traitement sont recommandées en France selon les personnes, par le groupe d’expert du Pr Morlat :

  • Un traitement continu, avec la prise quotidienne d’un comprimé quotidien de Truvada®
  • Pour les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes et les personnes transgenres, un traitement « à la demande », avec la prise de quatre comprimés de Truvada® avant et après un rapport sexuel à risque (2 comprimés entre 24h et 2h précédant l’acte sexuel, puis 1 comprimé 24h et un autre 48h après la première prise)

Si je suis concerné, comment me faire prescrire la PrEP ?
La prescription de ce traitement ne peut se faire que par un médecin spécialiste du VIH, et doit passer par les étapes suivantes, toujours selon les recommandations du groupe d’experts :

  • Une première consultation (visite médicale globale incluant la détection de signes cliniques de primo infection à VIH ; entretien de counseling ; prélèvement sanguin pour VIH/VHB/VHC/fonction rénale/IST)
  • Une deuxième consultation, 3 semaines plus tard (nouvelle détection d’éventuels signes cliniques de primo infection à VIH ; conclusions sur 1er bilan biologique ; nouveau test VIH) avec première prescription de PrEP.
  • Une surveillance trimestrielle, incluant un dépistage du VIH, des hépatites et de la syphilis, et une surveillance du fonctionnement rénal.

Où trouver un médecin spécialisé pour me faire prescrire la PrEP ?
Sous réserve d’adaptations réglementaires, trois lieux en France devraient être en mesure de proposer des consultations pour la prescription de la PrEP :

  • les services hospitaliers spécialisés dans la prise en charge des personnes vivant avec le VIH
  • les Centres Gratuits d'Information, de Dépistage et de Diagnostic (CeGIDD, anciens CDAG et Ciddist)
  • les autres structures labellisées par les agences régionales de santé (centres de santé sexuelle, associations médicalisées, etc.)

Pour plus de renseignements sur la liste des consultations, contactez Sida Info Service (sur le site ou par téléphone au 0800 840 800).

Pourquoi un suivi médical aussi contraignant est-il nécessaire ?
Comme l’ont démontré les études sur la PrEP, ce traitement ne protège de l’infection à VIH que si la personne suit rigoureusement la prescription. En cas contraire, non seulement la PrEP n’est pas efficace, mais il existe un risque de contracter un virus résistant au Truvada.
Des interactions médicamenteuses sont également possibles. Seul un médecin spécialisé est à même de se prononcer sur ce point.
Peu d’effets secondaires ont été observés lors des études sur la PrEP. Mais en raison du faible recul sur ces données, une surveillance systématique et régulière est nécessaire (spécifiquement concernant l’effet du traitement sur les reins et les os).
Enfin, un tel suivi est nécessaire parce que la PrEP ne protège en aucun cas des autres maladies sexuellement transmissibles. Le préservatif reste à ce jour le seul moyen de protection contre ces autres maladies.